Les Chorfa de Chellala
Le premier ksar algérien dont nous parle K. Benamara dans
son essai est celui de Chellala-Dahrania, peuplé par une fraction de chorfa.
La problématique essentielle est pour lui de fixer la date et les conditions de
la fondation du ksar en accordant différentes sources contradictoires.
Celles-ci sont au nombre de cinq:
- le Kitab Nassab
- Figuig, etc..., d'E.A. Hilali
- un manuscrit local, dit Manuscrit de Chellala
- une Histoire des tribus de l'Oranie, rédigée par l'administration française à la fin du XIXe siècle, manuscrite
- et un article de F. Cominardi, Au cœur des monts des Ksour : le Ksar de Chellala-Dahrania, paru dans Lybica en 1994
Chellala
Chellala-Dahrania, comme beaucoup de ksour de la région, a
une histoire très ancienne. Plusieurs agglomérations s'y sont succédées depuis
le IIe siècle av. J.-C., mais c'est de 1180 (approximativement) que les
habitants datent la véritable fondation de Chellala, par un chérif idrissi
d'El-Oudaghir, Moulay Youssef, venu de Fès. La peste aurait détruit
totalement la population locale à la fin du XVe siècle, à l'exception de deux
enfants. Le saint Sidi Ahmed ben Youssef, de passage dans la région,
aurait alors confié ces enfants à Sidi Slimane ben Bou Smaha, afin qu'il
les élève. Il fit construire, pour les nourrir, une meule dont les ruines
existent encore aujourd'hui. Dès les années 1840, les Français envoyèrent des
colonnes sur les lieux, resserant leur étau petit à petit jusqu'aux exactions
qui suivirent la révolte de Bou-Amama et l'installation d'un poste de
spahis qui marqua définitivement la conquête de Chellala (1882). En 1964, un
tremblement de terre détruisit le ksar ancestral et les habitants
émigrèrent vers une nouvelle Chellala, sur les plateaux ouest.
La fondation du ksar
Le mythe fondateur de Chellala est intimement lié à Figuig.
C'est de là que seraient venus les fondateurs de Chellala, même si les versions
et les récits divergent sur les circonstances, les noms des protagonistes,
ainsi que sur l'étymologie du nom de leur ksar. K. Benamara compare ces
différentes versions et il en relève 3:
- selon le Kitab En-Nassab: le ksar aurait été fondé par une branche des chorfa d'El-Oudaghir, les Ouled-Makhlouf-ben-Khalaf-Allah. Cette tradition est la plus répandue, surtout chez les personnes étrangères à la région (succès du travail d'El-Achmaoui et de ses suiveurs oblige).
- selon l'Histoire de l'Oranie, ce seraient deux pèlerins de Figuig qui se seraient arrêtés là. "L'un d'eux, Abdallah ben Mohammed se lave les mains dans une source et dit à son frère: comme cette eau lave bien les mains (tchellal). Moi, dit l'autre, Mohammed ben Mohammed, j'ai trouvé une source dont le cours est sinueux comme un serpent. Puis ils bâtirent des habitations, le premier dans l'endroit qui deviendra par la suite Chellala, l'autre à proximité de "la source du serpent (Aïn El Hanch)" Seul Abdallah finit par rester et ce sont ses descendants qui se sont divisés en quatre fractions, possédant chacune son quartier dans le ksar: Ouled-Hamza (à l'ouest), Ouled-Khnafer (au nord), Ouled-Ziane (à l'est) et Ouled-Amor (au sud)
- selon le Manuscrit de Chellala et F. Cominardi: les chorfa seraient issus d'un chérif d'El-Oudaghir, Youssef ben Ali.
Nous voyons bien que l'origine Figuiguienne n'est nulle part
remise en cause. L'auteur des Chorfa du Sud-ouest relève la présence de foyers kharédjites
dans la région, Rba et Boussemghoun. L'intérêt, pour des chorfa
Figuiguiens pieux de s'installer vers l'est, aurait été selon lui, de diffuser
le dogme sunnite auprès des populations nomades locales. L'histoire du ksar
est d'ailleurs liée à toutes les grandes personnalités religieuses qui se sont
succédées au cours de l'Histoire dans la région: Sidi Ahmed ben Youssef
El-Miliani (dont la fille, Aïcha y est enterrée) y a longtemps vécu,
Sidi Slimane ben Bou Smaha s'est occupé des derniers enfants survivant
du ksar, Sidi Mohammed ben Slimane y a sa koubba, Sidi Cheikh y
est né. Cet éminent background ne peut qu'être rehaussé par un mythe fondateur
empreint de symbolique religieuse. Un descendant du Prophète venu d'une oasis
connue pour son grand nombre de nobles, revient (ou y va, selon le récit) de La
Mecque, tous les ingrédients sont là pour placer une localité sous le signe du
prosélytisme religieux.
Généalogie de Moulay Youssef
Selon le Manuscrit de Chellala:
Youssef ben Ali ben Âlla ben Abdallah El-Chérif ben
Abdelhamid ben Amama ben Aïssa ben Abderrahmane
El-Oudghiri ben Ali (ou Yaâla) ben Ishaq (ou Abdeloûla)
ben Ahmed ben Mohammed ben Idriss II ben Idriss Ier
ben Abdallah El-Kamil ben Hassan El-Mouthanna ben Hassan
Es-Sebt, fils de Ali et Fatima.
Ahmed Benhabbour
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